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Farniente et spiritualité

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Spectacle haut en couleur. Très verdoyantes et imprégnées de culture latine, les îles ioniennes réservent beaucoup de surprises aux voyageurs. Les bleus de la mer sont les plus azurés de toute la Méditerranée et une incroyable spiritualité anime ces îles.

Maria en a les larmes aux yeux. Elle nous confie: «Je ne suis pas particulièrement pratiquante, mais la semaine sainte est pour moi un moment vraiment spécial. Du lundi au samedi, je fais le carême pour me purifier. Le Vendredi Saint, je vis l’enterrement du Christ comme une douleur personnelle. Et le jour de Pâques, je me sens heureuse et joyeuse. Je ne m’explique pas pourquoi cela se passe ainsi, mais c’est un fait.»
Plus qu’ailleurs, rites religieux et processions en l’honneur des saints rythment la vie des insulaires. Archipel situé à l’ouest de la Grèce, les îles ioniennes sont au nombre de sept. La plus connue est Corfou tout près de l’Albanie. Ces îles ont beaucoup de choses en commun : bien arrosées d’octobre à mars, elles offrent des paysages montagneux verdoyants. Le cyprès et l’olivier règnent ici en maître. La côte ouest présente partout les mêmes falaises crayeuses qui ont permis à de belles plages de sable blanc de se constituer. L’eau est bleu azur ou turquoise et dans les grottes marines qui abondent, elle prend des reflets fluorescents.
Puis il y a l’histoire. Longtemps occupées par les Vénitiens, ces îles sont largement imprégnées de culture latine. Cela se voit dans l’architecture des villes et dans la construction des maisons. Corfou est un mélange savoureux de Grèce et d’Italie. L’influence italienne se marque également dans le goût pour la musique et la poésie. Pas une région au monde qui ne compte autant de philharmonies. Chaque famille compte au moins un de ses membres comme musicien. Ces philharmonies participent aux innombrables processions qui émaillent la vie spirituelle des îles. Si l’occupation vénitienne a eu des aspects positifs, il ne faut pas oublier que celle-ci interdisait toute manifestation du rite orthodoxe. Seules les processions en l’honneur de Saint Spiridon, le saint patron de Corfou, ou de Saint Denis, à Zante, étaient autorisées. C’est la raison pour laquelle la religion est ici vécue de manière particulièrement vive. Elle est plus qu’ailleurs ressentie comme identitaire.

Ferveur et émotion
Vivre les festivités de Pâques à Corfou est un moment extraordinairement intense. Le mot impressionnant est faible tant pour décrire la foule - plus de cent mille personnes assistent aux célébrations – que par la ferveur et l’émotion qui s’en dégagent.
A minuit, dans la nuit du samedi au dimanche, sur le kiosque noyé par les fumées d’encens et dominant une vaste esplanade sur laquelle une foule immense, dense, illuminée par une forêt de cierges, s’est rassemblée, l’évêque prononce solennellement «Christos Anesti» (Christ est ressuscité). La foule vibrante reprend «Christos Anesti». Puis, dans un moment de liesse populaire, les gens se saluent et s’embrassent. Une demi-heure auparavant l’évêque avait quitté sa cathédrale accompagné en procession du haut clergé de l’île, des notables et des philharmonies, escortés par un peloton de la marine nationale en grand uniforme. L’évêque porte la flamme arrivée quelques heures plus tôt par vol depuis Jérusalem, via Athènes. Cette flamme il la donne; elle se répand. En quelques minutes des dizaines de milliers de cierges brûlent, sur la place et dans la ville, illuminant les visages irradiant d’une joie profonde et intense.
Comment d’ailleurs résister à cette immense émotion qui vous submerge quand, à Corfou, à l’occasion de la procession du Vendredi Saint, pas moins de 1.000 musiciens jouent ensemble l’adagio d’Albinoni, la marche funèbre de Verdi, l’Hamlet de Faccio ou encore le Calde Lacrime de Michelli?

Des jarres brisées
Le samedi à 11 heures quand les cloches sonnent, les drapeaux qui étaient en berne depuis la veille sont hissés. Tous les habitants de Corfou pratiquent alors une vieille tradition: ils remplissent d’eau une vieille jarre, qui est censée ainsi représenter tout ce qu’ils ont accumulé de négatif pendant l’année. A l’heure précise, également devant des dizaines de milliers de badauds, ces jarres sont précipitées sur le sol et cassées. Il s’agit d’un rite de purification.
Ce que nous serions tentés d’appeler folklore religieux a toujours en Grèce et en particulièrement dans ces îles, une signification profonde que chaque orthodoxe comprend et peut expliquer. La religion n’est pas seulement pour les Grecs la manifestation d’un sentiment identitaire. Rituels et liturgies sont faits pour sentir et vivre cette communion avec Dieu. Ils procèdent à une formidable métamorphose en reliant le temporel et l’intemporel, le visible et l’invisible.
Voilà pourquoi ces manifestations attirent de plus en plus de visiteurs. Pour un responsable local du tourisme, «à Corfou, à Zante et ailleurs dans les îles ioniennes, le passé se mêle au présent, ces fêtes religieuses orthodoxes sont ouvertes aussi bien aux personnes croyantes qui perpétuent les coutumes et la tradition qu’aux non-croyants qui veulent découvrir des nouvelles expériences authentiques.»

Une nature incomparable
Mais ces îles offrent aussi un émerveillement visuel. Toujours à Corfou, de Paleokastritsa à Kanoni, et de l’Achillion à l’îlot de Pondikonissi et aux côtes septentrionales, ce ne sont que baies pittoresques, eaux cristallines, verdure et végétation qui plongent dans une mer d’azur. Cette île cosmopolite permet de concilier aisément le repos de la journée à l’animation de la vie nocturne. L’île de Paxi est un fantastique microcosme, un jardin fleuri où trouver calme et repos que l’on atteint en vingt minutes d’hydravion depuis Corfou.
Kefalonia est la plus grande des îles ioniennes. On y découvrira de charmants villages et de belles villes, de vieilles maisons de maître et d’humbles chaumières de paysans, non loin des ruines de quelque cité antique. Vestiges vénitiens, romains, byzantins ou des plages réputées font à juste titre de Kefalonia l’île des contrastes. Dans le chef-lieu, Argostoli, les fameux gouffres voient les eaux de la mer pénétrer dans la terre et disparaître. Les rayons du soleil plongent tout droit dans les eaux claires de son lac, au gouffre de Melissani, avec des couleurs qui créent des images magiques. A Drongorati, on découvrira une grotte aux stalactites et stalagmites d’une rare beauté, puis enfin la verte Fiskardo, très jolie localité traditionnelle dotée d’un charmant petit port.
Quant à Ithaque, rendue universellement célèbre par Homère et son Odyssée, bien que petite et montagneuse, elle est bordée de criques enchanteresses qui en font un véritable paradis terrestre. L’endroit est resté vierge. Il n’y a du monde qu’en août. Idéal pour des randonnées dans des localités traditionnelles de bord de mer, des visites au monastère médiéval des Taxiarques et des explorations de grottes
magnifiques.

Rencontre insolite
L’île la plus méridionale de la mer Ionienne, en forme de triangle allongé, l’idyllique Zante, a sa manière propre d’envoûter et de laisser un souvenir indélébile. Les habitants généreux et hospitaliers sont des chanteurs nés. Les chants traditionnels sont ici proches des chants polyphoniques corses ou encore des voix bulgares. Ces choristes, on les croise partout dans l’île. Ils chantent pour leur plaisir et bien sûr accompagnent les nombreuses processions qui sillonnent aussi bien les rues des bourgs que la campagne. Partout dans la montagne on trouve de superbes petites églises perdues dans les vignes ou les oliviers.
Sur la magnifique plage de sable de Gerakas les estivants devront partager leur espace avec la fameuse tortue Caretta-caretta. Un parc naturel a été créé ici, en 1999, pour la protéger. L’île de Zante est l’unique centre de nidification de cette tortue en Méditerranée. Il a fallu trouver un délicat compromis entre les droits de la tortue et les impératifs du développement touristique. Les Grecs ont ici dû se faire tirer l’oreille à plusieurs reprises par les instances européennes. 

> TEXTE & PHOTOS: VINCENT DUDANT

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